Le télétravail salarié à domicile, sans réception de clientèle ni stockage de marchandises, est aujourd'hui admis par la plupart des contrats multirisque habitation (MRH) et ne majore généralement pas la prime. Mais attention : le matériel professionnel fourni par l'employeur n'est pas couvert par votre capital mobilier privé — c'est l'entreprise qui l'assure. Un accident survenu pendant les heures de télétravail est présumé accident du travail et relève de la Sécurité sociale, pas de votre MRH. Pensez à demander à votre assureur l'attestation souvent réclamée par l'employeur.
Télétravail : 25 % des salariés français concernés en 2026
Le télétravail s'est durablement installé dans le paysage du travail français. Selon les enquêtes de la DARES et de l'INSEE, environ un salarié sur quatre pratique le télétravail au moins une partie de la semaine en 2026, une proportion qui monte bien plus haut chez les cadres et dans les fonctions tertiaires. Pour des millions de foyers, le domicile est devenu, au moins quelques jours par semaine, un lieu de travail.
Cette évolution a une conséquence directe sur l'assurance du logement. Le contrat multirisque habitation (MRH) a été conçu pour un usage privé : il couvre les biens et la responsabilité de la vie quotidienne, dans le cadre du principe indemnitaire posé par l'article L.121-1 du Code des assurances. La question est donc simple à formuler mais souvent mal comprise : que se passe-t-il quand on travaille chez soi pour le compte d'un employeur ?
La bonne nouvelle, c'est que le télétravail salarié n'est pas une activité professionnelle indépendante exercée à domicile. Il n'y a ni accueil de clientèle, ni stock, ni risque commercial. La plupart des assureurs considèrent donc qu'il ne modifie pas la nature du risque. Encore faut-il distinguer ce qui relève de votre MRH, ce qui relève de l'employeur, et ce qui relève de la Sécurité sociale.
Le matériel pro fourni par l'employeur : qui l'assure ?
C'est le point le plus mal compris du télétravail. Lorsque votre employeur vous remet un ordinateur portable, un écran, un téléphone ou tout autre équipement, ce matériel reste sa propriété. Vous n'en êtes que le détenteur temporaire. Logiquement, c'est donc à l'entreprise de l'assurer, généralement via son contrat multirisque professionnel ou une garantie « biens confiés » / « matériel nomade ».
L'accord national interprofessionnel (ANI) du 26 novembre 2020 relatif au télétravail confirme cette logique : la fourniture, l'entretien et la prise en charge des équipements de travail incombent à l'employeur. Votre assurance habitation, elle, n'a pas vocation à indemniser un bien qui ne vous appartient pas et qui sert à une activité professionnelle.
Concrètement, si l'ordinateur professionnel est volé lors d'un cambriolage ou détruit par un dégât des eaux, c'est l'assurance de l'entreprise qui intervient — pas votre capital mobilier privé, qui exclut généralement les biens professionnels. La responsabilité civile de votre MRH pourrait toutefois être recherchée si une faute de votre part (négligence caractérisée) a causé le dommage. Le tableau ci-dessous clarifie le partage des rôles.
| Bien / situation | Votre MRH | Assurance de l'employeur |
|---|---|---|
| Ordinateur / écran fournis par l'entreprise | Exclu (bien professionnel d'autrui) | Couvert (biens confiés / matériel nomade) |
| Mobilier personnel (bureau, chaise perso) | Couvert (capital mobilier privé) | Non concerné |
| Dégât des eaux endommageant le logement | Couvert (garantie dégâts des eaux) | Non concerné |
| Accident corporel pendant les heures de travail | Non concerné | Régime AT/MP (Sécurité sociale) |
MRH habitation et usage professionnel : ce qui est couvert / exclu
Le télétravail salarié occupe une zone particulière : il introduit une activité professionnelle dans le logement, mais sans en changer la destination juridique. Le bail reste un bail d'habitation au sens de l'article 7 de la loi du 6 juillet 1989, qui impose au locataire d'user paisiblement des locaux loués suivant leur destination. Travailler sur un ordinateur chez soi ne contrevient pas à cette destination, dès lors qu'il n'y a ni clientèle, ni enseigne, ni nuisance.
Côté assurance, l'article L.113-2 du Code des assurances impose de déclarer toute circonstance nouvelle de nature à modifier l'opinion du risque pour l'assureur. Le télétravail occasionnel est rarement considéré comme une aggravation, mais une déclaration écrite vous sécurise. Ce qui est couvert et ce qui ne l'est pas se résume ainsi :
- Couvert : les dommages au logement (incendie, dégât des eaux), votre mobilier personnel, et la responsabilité civile vie privée — y compris pendant que vous travaillez chez vous.
- Exclu par défaut : le matériel professionnel appartenant à l'employeur, les conséquences pécuniaires d'une faute professionnelle, et l'accueil de tiers professionnels non déclaré.
Si vous télétravaillez en location, vérifiez d'abord que votre socle est solide : nos pages MRH locataire et notre guide des garanties de l'assurance habitation détaillent le contenu d'un bon contrat. Un bailleur qui loue un logement occupé en télétravail conserve quant à lui une assurance PNO classique.
Accident pendant le télétravail : régime accident du travail (présomption)
C'est une protection souvent ignorée des télétravailleurs. L'article L.1222-9 du Code du travail pose un principe clair : l'accident survenu sur le lieu où est exercé le télétravail et pendant l'exercice de l'activité professionnelle du télétravailleur est présumé être un accident du travail au sens de l'article L.411-1 du Code de la sécurité sociale.
Cette présomption est essentielle : si vous vous blessez en allant chercher un dossier pendant vos heures de télétravail, ou si vous chutez de votre chaise de bureau pendant une visioconférence, l'accident est en principe pris en charge par la branche accidents du travail / maladies professionnelles (AT/MP) de la Sécurité sociale — au même titre qu'un accident survenu dans les locaux de l'entreprise. Votre assurance habitation n'a pas vocation à intervenir sur ce terrain.
Deux nuances méritent d'être connues. D'une part, la présomption ne joue que pour les heures et le lieu de télétravail définis par l'accord ou l'avenant au contrat de travail : un accident survenu en dehors de ces plages relève de la vie privée. D'autre part, l'employeur (ou la caisse) peut renverser la présomption en démontrant que l'accident a une cause totalement étrangère au travail. D'où l'intérêt de formaliser clairement les modalités du télétravail.
L'attestation MRH demandée par l'employeur
Avant de valider un avenant de télétravail, de nombreux employeurs réclament une attestation d'assurance habitation. L'objectif n'est pas de transférer un risque vers votre MRH, mais de s'assurer que le logement est bien assuré et que votre responsabilité civile est active. C'est une simple mesure de prudence côté entreprise.
Ce document, délivré gratuitement et rapidement par votre assureur, ne crée aucune garantie nouvelle : il atteste seulement de l'existence et du contenu de votre contrat à une date donnée. Pour répondre à une demande d'employeur, demandez une attestation précisant :
- l'identité de l'assuré et l'adresse du logement assuré ;
- la mention explicite de la garantie responsabilité civile ;
- la période de validité du contrat ;
- le cas échéant, la mention que le logement peut accueillir une activité de télétravail.
Chez Surtea, l'attestation est disponible en ligne à tout moment dans l'espace client, sans démarche complexe ni délai. Si votre employeur formule une exigence particulière, signalez-la lors de la souscription pour que la mention adéquate y figure.
RC et risques spécifiques (visiteurs pro, données, incendie matériel)
Le télétravail standard reste un risque maîtrisé, mais certaines situations méritent une attention particulière. Trois cas reviennent régulièrement.
La réception de visiteurs professionnels. Recevoir un collègue, un client ou un prestataire à domicile fait sortir l'activité du cadre du simple télétravail. Un visiteur qui se blesse chez vous engage votre responsabilité, et la RC vie privée de la MRH peut alors être discutée si le sinistre est lié au contexte professionnel. Dès que la réception de tiers professionnels devient régulière, il faut le déclarer et basculer vers une logique d'usage mixte, comme pour une profession libérale exercée à domicile.
Les données et le risque cyber. Le télétravail multiplie les flux de données professionnelles transitant par votre connexion domestique. La protection de ces données et la couverture d'un éventuel incident cyber relèvent de l'employeur et de son assurance professionnelle, pas de votre MRH. Veillez simplement à appliquer les consignes de sécurité informatique de votre entreprise.
L'incendie d'origine électrique lié au matériel. Une multiprise surchargée, un chargeur défectueux : si un incendie part du matériel professionnel, votre MRH couvre les dommages causés au logement au titre de la garantie incendie, dans le respect du principe indemnitaire de l'article L.121-1 du Code des assurances. Le remplacement du matériel professionnel détruit, lui, relève de l'assurance de l'employeur.
Espace bureau dédié vs coin de table : impact assurance
La configuration de votre poste de télétravail a un impact concret sur l'assurance. Tout dépend du degré d'affectation du logement à l'activité professionnelle.
Le coin de table occasionnel — un ordinateur portable installé quelques jours par semaine sur la table de la cuisine ou dans le salon — ne change rien à la nature du risque. Aucune déclaration spécifique au-delà de l'information de principe n'est généralement nécessaire, et la prime n'est pas majorée.
L'espace bureau dédié — une pièce entièrement aménagée pour le travail, avec mobilier professionnel et parfois réception ponctuelle — se rapproche davantage d'un usage mixte. Sans atteindre le statut d'un cabinet libéral, il justifie une déclaration claire à l'assureur, surtout si vous y détenez du matériel de valeur ou si vous y recevez occasionnellement des tiers professionnels.
| Critère | Coin de table occasionnel | Bureau dédié |
|---|---|---|
| Déclaration à l'assureur | Recommandée (information) | Conseillée et précise |
| Impact sur la prime | Aucun en général | Faible, sauf matériel de valeur |
| Réception de tiers professionnels | Aucune | Possible → déclarer (usage mixte) |
| Extension matériel utile | Rarement | Si matériel personnel coûteux |
Dans tous les cas, la règle d'or reste la transparence : une déclaration honnête de votre situation auprès de l'assureur évite tout débat lors d'un sinistre. Pour un conseil personnalisé sur votre configuration de télétravail, un expert Sami Hami, fondateur de Tutassur, peut vous orienter vers le bon niveau de couverture.
Foire aux questions
Mon assurance habitation couvre-t-elle le télétravail à domicile ?
Oui, la plupart des MRH admettent une activité de télétravail salarié sans accueil de clientèle ni stock, car elle ne modifie pas la nature du risque. Il reste prudent de le signaler au titre de l'article L.113-2 du Code des assurances. Le matériel professionnel fourni par l'employeur n'est en revanche pas couvert par défaut.
Qui assure l'ordinateur professionnel fourni par l'employeur ?
L'employeur reste propriétaire du matériel et c'est donc à lui de l'assurer, via son contrat professionnel ou une garantie « biens confiés ». L'ANI du 26 novembre 2020 rappelle que la prise en charge des équipements relève de l'employeur.
Un accident pendant le télétravail est-il un accident du travail ?
Oui. L'article L.1222-9 du Code du travail présume accident du travail (au sens de l'article L.411-1 du Code de la sécurité sociale) tout accident survenu sur le lieu et pendant les heures de télétravail. La prise en charge relève de la branche AT/MP, pas de la MRH.
Faut-il une attestation d'assurance habitation pour télétravailler ?
De nombreux employeurs la demandent. Délivrée gratuitement par l'assureur, elle ne crée aucune garantie nouvelle : elle atteste de l'existence du contrat et de la responsabilité civile. Demandez une attestation à jour mentionnant la RC.
Le télétravail augmente-t-il le prix de l'assurance habitation ?
Dans la grande majorité des cas, non : le télétravail salarié sans public ni stock n'est pas une aggravation du risque. Une extension payante n'intervient que pour un véritable espace professionnel recevant des tiers ou pour couvrir du matériel de valeur.
Dois-je déclarer le télétravail à mon assureur ?
C'est recommandé. L'article L.113-2 du Code des assurances impose de déclarer toute circonstance nouvelle modifiant le risque. Une déclaration écrite vous sécurise et permet d'obtenir l'attestation demandée par l'employeur.