En bref. La contre-expertise consiste à mandater votre propre expert — dit expert d'assuré — pour discuter le rapport de celui de l'assureur. Ses honoraires sont à votre charge, sauf si votre contrat comporte une garantie « honoraires d'expert » qui les prend en charge en tout ou partie. Si les deux experts ne s'accordent pas, une tierce expertise tranche, généralement à frais partagés. Vérifiez d'abord votre contrat : l'existence de cette garantie change tout le calcul.
Quand la contre-expertise vaut le coup
Elle n'est pas justifiée pour quelques centaines d'euros : un expert d'assuré représente un coût, et l'opération doit rester rentable. Elle s'impose en revanche dans plusieurs configurations.
- L'écart est important entre la proposition et vos devis de remise en état — plusieurs milliers d'euros.
- La cause retenue vous est défavorable : l'expert conclut au défaut d'entretien là où vous invoquez un événement accidentel, ce qui bascule le dossier vers une exclusion.
- La vétusté appliquée paraît disproportionnée au regard de l'état réel et de l'âge des biens.
- Des postes ont été oubliés — dommages immatériels, frais de relogement, pertes indirectes prévues au contrat.
- Le sinistre est lourd : incendie important, sinistre total, reconstruction. L'enjeu justifie presque toujours un regard indépendant.
Qui paie — et la clause qui change la donne
Par principe, chaque partie supporte les honoraires de l'expert qu'elle mandate : l'assureur paie le sien, vous payez le vôtre.
Mais de nombreux contrats multirisques habitation comportent une garantie « honoraires d'expert » — parfois appelée « assistance expertise » ou « honoraires d'expert d'assuré » — qui prend en charge tout ou partie de ces frais, généralement dans la limite d'un pourcentage de l'indemnité ou d'un plafond en euros.
C'est la première chose à vérifier, avant même de chercher un expert. Cherchez ces termes dans vos conditions générales et dans le tableau de garanties. Si la garantie existe, la contre-expertise devient bien plus accessible qu'on ne l'imagine.
La tierce expertise : le troisième homme
Quand les deux experts campent sur leurs positions, la plupart des contrats prévoient le recours à un tiers expert. Il est désigné d'un commun accord entre les parties ; à défaut d'accord, par le tribunal.
Les trois experts travaillent alors ensemble, et la solution retenue s'impose aux parties dans les limites fixées par le contrat. Les frais de cette tierce expertise sont le plus souvent partagés par moitié entre l'assureur et l'assuré — mais la clause varie d'un contrat à l'autre, et elle mérite d'être lue avant de s'engager.
La tierce expertise reste une voie amiable : elle évite le tribunal, coûte moins cher qu'un procès et aboutit plus vite.
La marche à suivre
- Refusez la proposition par écritUne lettre recommandée avec accusé de réception, motivée, qui expose précisément les postes contestés. Ce courrier interrompt en outre la prescription biennale.
- Vérifiez la garantie honoraires d'expertDans les conditions générales et le tableau de garanties, avant d'engager des frais.
- Choisissez un expert d'assuréUn professionnel indépendant des compagnies. Demandez un devis d'honoraires et le mode de facturation — forfait ou pourcentage de l'indemnité obtenue.
- Laissez les deux experts échangerIls confrontent leurs évaluations et aboutissent souvent à un accord sans aller plus loin.
- Déclenchez la tierce expertise en cas de blocageSelon les modalités prévues au contrat, avec un tiers désigné d'un commun accord ou par le tribunal.
- Saisissez le médiateur si le litige persisteLa saisine est gratuite et suspend utilement le conflit avant toute action judiciaire.
Le médiateur, avant le tribunal
Si le désaccord porte moins sur le chiffrage technique que sur l'application du contrat — une garantie refusée, une exclusion discutée —, le médiateur de l'assurance est souvent la voie la plus efficace. Sa saisine est gratuite, elle intervient après épuisement des recours internes, et son avis est suivi dans la grande majorité des cas.
Notre modèle de lettre de saisine reprend les mentions attendues. Et si l'assureur a purement et simplement refusé sa garantie, notre page refus d'indemnisation détaille les motifs contestables.